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Motion CILF-EROFA sur le "Participe passé"

Mars 2014

Pour un assouplissement des règles d’accord du participe passé

Les difficultés de l’accord du participe passé (en abrégé PP) sont notoires. Des enquêtes ont montré que les professeurs de français y consacrent environ 80 heures de théorie et d’exercices au cours d’une scolarité ordinaire. Ce ne serait qu’un moindre mal si le succès couronnait l’entreprise. On en est loin. Face aux manquements qui abondent dans les copies d’élèves et dans la bouche ou sous la plume de leurs ainés, des voix réclament d’un peu partout une remédiation.

Le CILF ‘Conseil international de la langue française’ et le groupe EROFA ‘Études pour une rationalisation de l’orthographe française’ soumettent à cet effet aux Autorités gouvernementales et aux Instances de la Francophonie trois propositions *.

(1) Les PP employés sans auxiliaire et les PP conjugués avec l’auxiliaire être s’accordent avec le mot ou la suite de mots que l’on trouve à l’aide de la question « Qui ou qu’est-ce qui est (n’est pas) PP ? ».

2) Les PP des verbes pronominaux pourront s’accorder avec le mot ou la suite de mots que l’on trouve à l’aide de la question « Qui ou qu’est-ce qui s’est (ne s’est pas) PP ? » augmentée des éventuels compléments du verbe.

(3) Les PP conjugués avec l’auxiliaire avoir pourront s’écrire dans tous les cas au masculin singulier.

La première proposition n’entraine aucune modification concrète (voir ci-dessous 1). La deuxième et la troisième proposition rejoignent des pratiques de plus en plus répandues. Précisons qu’il ne s’agit pas de révoquer la norme officielle, représentative d’un registre de langue soutenu, mais, comme l’usage la transgresse fréquemment, d’ouvrir aux utilisateurs un espace de liberté, qui a d’ailleurs sa logique (voir ci-dessous 2 et 3).

Commentaires linguistiques

(1) Le premier point de la proposition 1 ne remet pas en cause le figement optionnel des PP à valeur de préposition, d’adverbe ou de phrase condensée : Passé la poterne… = « après ». Vous trouverez ci-joint les documents = « ci-contre ». Fini les vacances ! = « c’est fini » ou « adieu », etc. Le second point semblerait contredit par des exemples tels Il est tombé des hallebardes (question « qu’est-ce qui est tombé ? », réponse « des hallebardes ») ; or, le propre de la tournure impersonnelle — indépendamment de l’auxiliaire être ou avoir — est justement de mettre en lumière l’évènement qu’exprime le verbe plutôt que les participants à l’évènement.

(2) La proposition 2 étend à l’ensemble des verbes pronominaux l’accord des PP à pronom morphologiquement ou sémantiquement indispensable (du type Marie s’est absentée ou du type Marie s’est aperçue d’un détail = « a pris conscience). Beaucoup d’auteurs classiques en usaient déjà ainsi.

(3) La proposition 3 s’inscrit dans le droit fil de la perte d’autonomie des PP au sein de formes verbales dont la cohésion ne cesse d’augmenter depuis le Moyen Âge. Quand le poète de Cour Clément Marot préconisait en 1538 l’accord du PP avec le substantif « qui va devant », il légitimait indirectement l’absence d’accord avec le substantif postérieur et enclenchait le processus d’invariabilité généralisée.

* Les rédacteurs remercient pour son important travail préparatoire la commission « Orthographe » du CLFPL ‘Conseil de la langue française et de la politique linguistique de la Fédération Wallonie-Bruxelles’.

Participe passé des verbes pronominaux

 

Norme actuelle

 

Propositions

 

Elle s’est absentée

Elle s’est absentée

Les chemises se sont bien vendues

Les chemises se sont bien vendues

Elle s’est blessée

Elle s’est blessée

Elle s’est regardée dans le miroir

Elle s’est regardée dans le miroir

Marie et Julie se sont embrassées

Marie et Julie se sont embrassées

Ils se sont menti

Ils se sont mentis

Elle s’est lavé les cheveux

Elle s’est lavée les cheveux

Les cheveux qu’elle s’est lavés

Les cheveux qu’elle s’est lavée

Elles se sont ri de son air jovial

Elles se sont ries de son air jovial

Ils se sont abstenus de répondre

Ils se sont abstenus de répondre

Elles se sont regardées et elles se sont plu

 

Elles se sont regardées et elles se sont plues

Ces spectacles qui se sont succédé

Ces spectacles qui se sont succédés

Elles se sont faites les arbitres de la discussion

Elles se sont faites les arbitres de la discussion

Le pavillon qu’elles se sont fait construire…

 

Le pavillon qu’elles se sont faites construire…

Elles s’étaient crues responsables

Elles s’étaient crues responsables

Elle s’est dit que…

Elle s’est dite que…

Participe passé des verbes conjugués avec l’auxiliaire avoir

 

Norme actuelle

Propositions

Ils ont mangé la pomme

Ils ont mangé la pomme

La pomme qu’ils ont mangée

La pomme qu’ils ont mangé

Elle a lu tous les contes qu’elle a voulu

Elle a lu tous les contes qu’elle a voulu

Les trente euros que ce billet a couté

Les trente euros que ce billet a couté

Les ennuis que ces paroles m’ont valus

Les ennuis que ces paroles m’ont valu

L’histoire qu’ils ont trouvée amusante

L’histoire qu’ils ont trouvé amusante

Les airs que j’ai entendu jouer

Les airs que j’ai entendu jouer

Les musiciens que j’ai entendus jouer

Les musiciens que j’ai entendu jouer

Les artistes qu’ils ont fait venir

Les artistes qu’ils ont fait venir

Les journaux qu’on m’a dit être bien informés

Les journaux qu’on m’a dit être bien informés

Les travaux qu’ils ont eu à faire

 

Les travaux qu’ils ont eu à faire

 

 

 

Grammont

Les plus grands linguistes, comme Maurice Grammont, n'ont pas hésité à remplacer les lettres grecques et similaires par leurs correspondants français.

Maurice Grammont, Compte rendu du Cours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure, Revue des langues romanes, n° 53, 1916, p. 402-410.